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Quels recueils de poésie africaine lire ?

Illustration Keurbook (créée par intelligence artificielle).

En bref : Pour découvrir la poésie africaine, commencez par des recueils courts et faits pour être dits à voix haute, comme Leurres et lueurs de Birago Diop ou La Ronde des jours de Bernard Dadié. Presque-songes de Rabearivelo ouvre la voie malgache, et des poètes d'aujourd'hui, comme Véronique Tadjo ou Nimrod, prolongent cette tradition.

En Afrique, la poésie n'est pas un genre réservé à quelques initiés. Elle vient d'une longue tradition orale : chants de griots, devinettes, épopées, joutes poétiques, louanges et berceuses. Beaucoup de poètes écrivent pour que leurs textes soient dits, chantés, parfois accompagnés d'instruments. C'est pourquoi la meilleure façon de les lire est souvent… à voix haute.

Voici une sélection de recueils, souvent courts, pour entrer dans cette poésie sans appréhension.

Les pionniers

La poésie africaine de langue française est d'abord liée à la négritude et à Léopold Sédar Senghor, dont Éthiopiques reste un classique. Nous lui avons consacré un article à part : Qu'est-ce que la négritude ?. Mais d'autres voix, plus simples d'accès, méritent qu'on commence par elles.

Leurres et lueurs est l'unique recueil de poèmes de Birago Diop, l'auteur des Contes d'Amadou Koumba. Il contient « Souffles », l'un des poèmes les plus connus d'Afrique, où les morts ne sont jamais partis : ils vivent dans l'arbre, l'eau et le vent. Un livre bref et musical.

La Ronde des jours de l'Ivoirien Bernard Dadié chante le travail, l'amour, la fraternité et la terre africaine. On y trouve « Je vous remercie mon Dieu », où le poète revendique avec fierté et ironie sa couleur de peau. Une poésie lumineuse, engagée sans être austère.

Plus tôt encore, à Madagascar, Jean-Joseph Rabearivelo publiait Presque-songes en 1934 : des poèmes en prose écrits en malgache et en français, où les paysages des hautes terres deviennent des visions de rêve. C'est l'un des premiers grands livres de la poésie africaine d'expression française. Notre article Quels livres lire sur Madagascar ? vous en dira plus sur ce poète.

Enfin, la tradition orale a ses grands poèmes, transmis de bouche à oreille. Kaïdara, recueilli et traduit par le Malien Amadou Hampâté Bâ avec Lilyan Kesteloot, est un récit initiatique peul : trois compagnons descendent au pays souterrain des génies et doivent comprendre une série de symboles étranges. On le lit comme une épopée.

Des poètes qui écrivent aussi des romans

Beaucoup de romanciers africains ont commencé par la poésie, ou ne l'ont jamais quittée.

Latérite, premier livre de Véronique Tadjo, rassemble des poèmes courts nés de la terre rouge d'Afrique de l'Ouest. L'amour, les villages, les villes, les injustices et les espoirs y passent en quelques vers. Une voix simple, idéale pour débuter.

Le Mozambicain Mia Couto, célèbre pour ses romans, a d'abord été poète. Traducteur de pluies, premier recueil de ses poèmes traduit en français, parle de pluie, d'enfance et de mémoire avec des images simples et inattendues.

Le Nigérian Wole Soyinka, prix Nobel 1986, est un poète plus exigeant. Cycles sombres réunit le long poème « Idanre », consacré à Ogun, dieu yoruba du fer et des routes, et des poèmes écrits en prison pendant la guerre du Biafra.

Des voix d'aujourd'hui

Le Tchadien Nimrod chante dans Sur les berges du Chari, district nord de la beauté le fleuve qui se jette dans le lac Tchad, ses ciels, ses oiseaux et ses pêcheurs, sans oublier les blessures de son pays.

La Rwandaise Beata Umubyeyi Mairesse, rescapée du génocide des Tutsi, a réuni ses poèmes dans Culbuter le malheur. Des poèmes de survie, de mémoire et de résistance, d'une grande justesse.

Citons aussi Le Long Désir de la Mauricienne Ananda Devi, poésie charnelle où se mêlent l'histoire de l'île et celle d'un corps, et Les Neuf Parfaites du Kényan Ngũgĩ wa Thiong'o, une épopée en vers sur le mythe fondateur du peuple kikuyu.

Comment lire un recueil de poésie ?

  • Pas besoin de tout lire d'un coup : un ou deux poèmes par jour suffisent.
  • Lisez à voix haute, même seul : le rythme fait partie du sens.
  • Relisez : un poème qui semblait obscur s'ouvre souvent à la deuxième lecture.
  • Ne cherchez pas à tout comprendre : laissez-vous porter par les images.

Par où commencer ?

Prenez Leurres et lueurs pour « Souffles », puis La Ronde des jours. Si vous préférez une voix contemporaine, ouvrez Latérite. Et pour d'autres genres, voyez notre sélection de pièces de théâtre africain.

Livres cités