Aller au contenu
Keurbook
← Conseils

Par pays

Quels livres lire sur Madagascar ?

Illustration Keurbook (créée par intelligence artificielle).

En bref : Pour découvrir Madagascar, lisez d'abord les poèmes de Jean-Joseph Rabearivelo, comme Presque-songes, puis Nour, 1947 de Raharimanana, qui raconte l'insurrection contre la colonisation française. La bande dessinée de Dwa offre un regard drôle et vif sur l'île d'aujourd'hui.

Madagascar est une île immense, la quatrième du monde par sa taille, posée dans l'océan Indien face au Mozambique. Pour beaucoup de lecteurs, elle évoque des baobabs et des lémuriens. Sa littérature est pourtant l'une des plus anciennes et des plus riches de l'Afrique francophone, avec une particularité : on y écrit en français, mais aussi en malgache, langue commune à toute l'île.

Voici les livres pour la découvrir.

Rabearivelo, le premier grand poète

Tout commence avec Jean-Joseph Rabearivelo, né à Antananarivo en 1901. Il quitte l'école très tôt, apprend seul le français et devient correcteur dans une imprimerie. Il écrit dans ses deux langues, correspond avec des écrivains du monde entier, mais rêve en vain de voyager en France. Il meurt en 1937, à trente-six ans.

Son recueil le plus célèbre, Presque-songes (1934), réunit des poèmes en prose où les paysages des hautes terres, la nuit et les ancêtres deviennent des visions presque rêvées. Son recueil jumeau, Traduit de la nuit (1935), est l'un des sommets de la poésie malgache. Les deux livres sont brefs : on peut les lire poème par poème, à voix haute.

Pour entendre la poésie orale de l'île, ouvrez Vieilles chansons des pays d'Imerina. Rabearivelo y adapte en français les hain-teny, ces joutes poétiques où l'on parle d'amour et de sagesse par images. Un recueil malicieux, paru après sa mort.

1947, la blessure longtemps tue

Pour comprendre l'histoire de Madagascar, il faut connaître 1947. Cette année-là, une insurrection éclate contre la colonisation française. La répression est terrible et fait des dizaines de milliers de morts. Longtemps, cet épisode est resté presque absent des livres d'histoire en France.

L'écrivain qui lui a rendu sa place est Raharimanana, né à Antananarivo en 1967. Dans Nour, 1947, un homme réfugié dans la forêt avec des insurgés veille le corps de la femme qu'il aimait. Sa voix mêle les souvenirs de la révolte, les mythes de l'île et les questions sur ce qui a mené au désastre. C'est un roman-poème exigeant, mais d'une grande force.

Pour une approche plus directe, son texte Madagascar, 1947 retrace les événements en moins de cent pages, accompagné de photographies d'archives, dans une édition bilingue français-malgache.

Antananarivo vue de l'intérieur

Raharimanana a commencé par des nouvelles. Son premier recueil, Lucarne, plonge dans les quartiers pauvres d'Antananarivo, la capitale, avec une écriture très poétique qui ne détourne jamais les yeux. Si vous voulez aller plus loin, son grand roman Revenir, en partie inspiré de sa vie, raconte l'enfance d'un écrivain malgache et l'arrestation de son père, opposant politique.

Raharimanana est aussi un homme de scène. Dans Les Cauchemars du gecko, texte tiré d'un spectacle, il regarde l'Occident riche depuis un pays très pauvre, avec une ironie mordante. Et dans Za, un ancien prisonnier brisé par la torture cherche le corps de son fils sur une île dominée par un chef nommé Dollaromane. Son long monologue, dans une langue cabossée qui zézaie, est une fable sur Madagascar et sur toutes les dictatures. Ce sont des livres plus difficiles, mais d'une puissance rare.

La BD malgache, pleine d'humour

Madagascar a aussi une scène de bande dessinée très vivante. Dwa, né en 1982 dans un village des hautes terres, raconte avec son complice Pov la vie politique de l'île à travers des élections étudiantes. Le premier album du duo, Mégacomplots à Tananarive, montre comme en modèle réduit les ambitions et les manœuvres du pays. C'est drôle, vif, et cela se lit d'une traite.

Dans Back to Al Bak, Dwa retourne seul sur la terre de son enfance. Ce carnet de voyage dessiné, sensible et personnel, est une très belle manière de découvrir l'île loin des clichés.

Par où commencer ?

Commencez par Presque-songes si vous aimez la poésie, ou par la BD Mégacomplots à Tananarive si vous voulez une lecture légère. Puis lisez Nour, 1947 pour l'histoire.

Rabearivelo a été salué par Léopold Sédar Senghor, qui l'a fait figurer dans son anthologie de 1948 : notre article Qu'est-ce que la négritude ? raconte cette histoire. Retrouvez tous les auteurs de l'île sur notre page Madagascar.

Livres cités