Quels romans africains parlent de la condition des femmes ?

En bref : Une si longue lettre de Mariama Bâ et Les Impatientes de Djaïli Amadou Amal sont les deux grands romans africains sur la condition des femmes, de la polygamie au mariage forcé. Des écrivains comme Ousmane Sembène, Mongo Beti ou Emmanuel Dongala ont aussi donné la parole à des femmes qui résistent.
La littérature africaine parle des femmes depuis longtemps, et pas seulement sous la plume des femmes. Mariages arrangés, polygamie, violences, travail épuisant, mais aussi solidarité, courage et révolte : les romans ont souvent dit ce que la société taisait. Voici une sélection pour comprendre, livre après livre, ce que vivent et ce que conquièrent les héroïnes du continent.
Le mariage et la polygamie
Le livre fondateur est Une si longue lettre de Mariama Bâ, paru en 1979 au Sénégal. À la mort de son mari, qui l'avait délaissée pour épouser une très jeune femme, Ramatoulaye écrit à son amie Aïssatou. Elle revient sur leurs espoirs de jeunes femmes instruites et sur la blessure de la polygamie. Le ton est retenu, jamais plaintif, et c'est ce qui le rend si fort. Court, il se lit en quelques heures et reste l'un des livres africains les plus étudiés en classe.
Quarante ans plus tard, Les Impatientes de Djaïli Amadou Amal, prix Goncourt des lycéens 2020, prolonge ce combat. Dans le nord du Cameroun, Ramla, Hindou et Safira entendent toutes le même conseil : « munyal », patience. Ramla est promise à un homme déjà marié, Hindou à un cousin violent, Safira voit arriver une jeune coépouse. Les trois voix se relaient et disent sans détour l'enfermement et le désir de liberté. Le livre est dur, mais nécessaire.
Quand les hommes écrivent sur les femmes
Plusieurs grands écrivains ont fait des femmes le cœur de leurs romans.
Dans Les Bouts de bois de Dieu (1960), Ousmane Sembène raconte la grève des cheminots de la ligne Dakar-Niger, en 1947. À mesure que la grève dure et que la faim s'installe, ce sont les femmes qui tiennent les foyers, puis qui prennent la parole et marchent. Un grand roman collectif, où l'on voit les femmes devenir actrices de l'histoire.
Avec Perpétue et l'habitude du malheur (1974), Mongo Beti suit un homme qui, sorti de prison, enquête sur la vie de sa jeune sœur, morte pendant son absence. Mariage arrangé, mari ambitieux, années de privations : son enquête dessine le portrait d'une société où les femmes paient le prix fort d'une indépendance confisquée.
Plus récent et plus lumineux, Photo de groupe au bord du fleuve (2010) d'Emmanuel Dongala met en scène une quinzaine de femmes qui cassent des pierres dans une carrière. Quand elles apprennent que le prix du gravier a monté, elles décident d'augmenter le prix de leurs sacs. Une simple négociation devient une vraie lutte, et chacune y découvre la force du collectif. Le roman a reçu le prix Ahmadou-Kourouma en 2011.
Celles qui restent
On parle beaucoup des hommes qui partent vers l'Europe, moins de celles qui attendent. Fatou Diome leur consacre Celles qui attendent (2010). Sur l'île de Niodior, au Sénégal, deux mères et deux jeunes épouses voient partir leurs fils et leurs maris en pirogue. Commence la longue attente des nouvelles, de l'argent promis, et le poids du regard du village. Un roman tendre et juste sur une réalité très peu racontée.
Une violence que l'on ne nomme pas
Dans La Confession de la lionne (2012), le Mozambicain Mia Couto part d'un fait réel : dans un village du nord du pays, des lions attaquent et tuent des femmes. Un chasseur est appelé pour les abattre. Mais à mesure que la jeune Mariamar prend la parole, le roman révèle une autre violence, plus sourde, celle que subissent les femmes au quotidien. Un livre envoûtant, entre conte et enquête.
Pour réfléchir : un texte court
Si vous voulez prolonger ces lectures par une réflexion, lisez Nous sommes tous des féministes de Chimamanda Ngozi Adichie. Tiré d'une conférence de 2012, ce texte bref explique simplement pourquoi l'égalité entre les femmes et les hommes concerne tout le monde. Il se lit en une heure, et peut se partager dès le lycée.
Par où commencer ?
- Pour un premier livre : Une si longue lettre, court et essentiel.
- Pour un roman d'aujourd'hui : Les Impatientes.
- Pour une lecture plus lumineuse : Photo de groupe au bord du fleuve, qui montre des femmes qui s'unissent et gagnent en confiance.
Certains de ces livres abordent des violences conjugales ou sexuelles : ils sont plutôt destinés aux adultes et aux grands adolescents. Pour découvrir les écrivaines elles-mêmes, lisez Qui sont les grandes autrices africaines d'aujourd'hui ?, et pour d'autres regards, Qu'est-ce que la littérature afropéenne ?.
Livres cités
Mariama BâUne si longue lettreKeurbookUne si longue lettreAmazonMariama Bâ
Djaïli Amadou AmalLes ImpatientesKeurbookLes ImpatientesAmazonDjaïli Amadou Amal
Mongo BetiPerpétue et l'habitude du malheurKeurbookPerpétue et l'habitude du malheurAmazonMongo Beti
Ousmane SembèneLes Bouts de bois de DieuKeurbookLes Bouts de bois de DieuAmazonOusmane Sembène
Emmanuel DongalaPhoto de groupe au bord du fleuveKeurbookPhoto de groupe au bord du fleuveAmazonEmmanuel Dongala
Fatou DiomeCelles qui attendentKeurbookCelles qui attendentAmazonFatou Diome
Mia CoutoLa Confession de la lionneKeurbookLa Confession de la lionneAmazonMia Couto
Chimamanda Ngozi AdichieNous sommes tous des féministesKeurbookNous sommes tous des féministesAmazonChimamanda Ngozi Adichie


