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Qu'est-ce que la négritude ?

En bref : La négritude est un mouvement littéraire et politique né à Paris dans les années 1930, porté par Léopold Sédar Senghor, Aimé Césaire et Léon-Gontran Damas. Il revendique la fierté d'être noir et la valeur des cultures africaines, face au mépris de l'époque coloniale.

Le mot revient souvent dès qu'on parle de littérature africaine, mais il est rarement expliqué. La négritude est pourtant une idée simple au départ, qui a eu des conséquences immenses sur la littérature, la politique et la pensée du XXe siècle. Voici l'essentiel à savoir.

Une rencontre à Paris dans les années 1930

Au début des années 1930, trois jeunes étudiants noirs se rencontrent à Paris : Léopold Sédar Senghor, venu du Sénégal, Aimé Césaire, venu de la Martinique, et Léon-Gontran Damas, venu de la Guyane. Ils sont brillants, formés à l'école française, et pourtant ils se heurtent partout aux préjugés coloniaux, qui présentent les peuples noirs comme sans histoire et sans culture.

Ensemble, ils décident de retourner l'insulte. Le mot « nègre », employé pour les rabaisser, devient chez eux un étendard. En 1935, ils participent à une revue, L'Étudiant noir. C'est là qu'Aimé Césaire emploie pour la première fois le mot « négritude », qu'il popularise ensuite avec son long poème Cahier d'un retour au pays natal, publié en 1939.

Ce que dit la négritude

La négritude, c'est d'abord une affirmation : être noir n'est pas une honte, c'est une identité dont on peut être fier. Les cultures africaines ont une histoire, des valeurs, une beauté propres, qui méritent d'être connues et célébrées.

Chaque fondateur lui a donné une couleur différente :

  • Senghor y voyait une manière d'être au monde, faite de rythme, d'émotion et de lien avec la nature, qu'il voulait réconcilier avec la culture européenne dans une « civilisation de l'universel ».
  • Césaire, plus révolté, insistait sur la dénonciation de la colonisation et sur la dignité à reconquérir.
  • Damas, le plus direct, écrivait des poèmes brefs et rageurs contre l'assimilation.

Les grandes dates

  • 1947 : Alioune Diop fonde la revue et la maison d'édition Présence Africaine, qui publiera de nombreux auteurs africains.
  • 1948 : Senghor publie l'Anthologie de la nouvelle poésie nègre et malgache de langue française, préfacée par Jean-Paul Sartre (« Orphée noir »). On y lit notamment des poètes de Madagascar.
  • 1956 : premier Congrès des écrivains et artistes noirs, à Paris.
  • 1960 : Senghor devient le premier président du Sénégal indépendant.
  • 1983 : il est élu à l'Académie française, premier Africain à y siéger.

Les livres pour découvrir la négritude

Le plus simple est de lire Senghor lui-même. Son recueil Éthiopiques (1956) réunit des poèmes amples et musicaux, qui célèbrent l'Afrique, les ancêtres et le pays sérère de son enfance. On y trouve aussi des textes pensés pour être accompagnés d'instruments.

Pour remonter aux précurseurs, lisez Presque-songes du Malgache Jean-Joseph Rabearivelo, mort en 1937 : une poésie mystérieuse, nourrie de la tradition de son île, que Senghor admirait.

La négritude a aussi encouragé la mise par écrit des traditions orales. Les Contes d'Amadou Koumba de Birago Diop (1947) en sont le meilleur exemple. Senghor a d'ailleurs préfacé leur suite, Les Nouveaux Contes d'Amadou Koumba (1958).

Du côté des idées, Nations nègres et culture de Cheikh Anta Diop (1954) partage la même ambition : rendre aux Africains leur histoire. Et L'Aventure ambiguë de Cheikh Hamidou Kane (1961) interroge, sous forme de roman, cette tension entre culture africaine et école occidentale.

Les critiques de la négritude

Le mouvement a aussi été vivement discuté. Des écrivains anglophones, comme le Nigérian Wole Soyinka, ont ironisé : un tigre, disait-il en substance, n'a pas besoin de proclamer sa « tigritude », il agit. D'autres ont reproché à la négritude de figer une image idéalisée de l'Afrique, ou de rester trop proche de la France.

Plus récemment, le philosophe camerounais Achille Mbembe a repris ces débats dans Critique de la raison nègre (2013), une réflexion sur la manière dont l'idée de « race » a été construite. Un livre exigeant, pour ceux qui veulent aller plus loin.

En résumé

La négritude est à la fois un mouvement poétique, une prise de conscience politique et un moment fondateur des littératures africaines en français. Même ceux qui l'ont critiquée ont écrit à partir d'elle.

Pour situer ces auteurs dans l'histoire de leur pays, lisez notre article Quels livres lire pour comprendre l'histoire du Sénégal ? ou découvrez la page Madagascar.

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