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Quels livres lire pour découvrir la Côte d'Ivoire ?

Illustration Keurbook (créée par intelligence artificielle).

En bref : Pour découvrir la Côte d'Ivoire, lisez Climbié et Le Pagne noir de Bernard Dadié, pionnier de sa littérature, puis Les Soleils des indépendances et Allah n'est pas obligé d'Ahmadou Kourouma. Reine Pokou de Véronique Tadjo raconte une légende fondatrice, Debout-payé et Camarade papa de Gauz l'Ivoire d'hier et d'aujourd'hui, et la BD Aya de Yopougon la vie d'un quartier d'Abidjan.

Abidjan et sa lagune, les forêts de l'ouest, la savane du nord, les plantations de cacao : la Côte d'Ivoire est un pays de contrastes, qui a connu une longue période de prospérité après l'indépendance, puis des crises politiques et deux guerres civiles au début du XXIe siècle. Sa littérature, en français, raconte tout cela avec beaucoup d'humour et d'invention. Voici les livres pour la découvrir, des contes d'autrefois à la bande dessinée.

Bernard Dadié, le pionnier

Impossible de commencer sans Bernard Dadié (1916-2019), mort à cent trois ans, qui a touché à tous les genres : poésie, théâtre, contes, romans et chroniques. Il a aussi été militant de l'indépendance, emprisonné par l'administration coloniale, puis ministre de la Culture.

Ses contes sont une parfaite porte d'entrée. Le Pagne noir (1955) réunit des histoires où Kacou Ananzè, l'araignée rusée et gourmande, joue des tours à tous les animaux, souvent à ses dépens. Le conte qui donne son titre au recueil raconte une orpheline à qui sa marâtre demande de laver un pagne noir jusqu'à ce qu'il devienne blanc. Ces textes courts se lisent à tout âge.

Son roman Climbié (1956), largement inspiré de sa vie, suit un garçon qui grandit sous la colonisation. À l'école, on punit ceux qui parlent leur langue en leur faisant porter un « symbole », un objet humiliant passé de main en main. Devenu adulte, Climbié découvre les injustices du système colonial et s'engage. Un livre simple et fort pour comprendre cette époque.

Ahmadou Kourouma, le géant

Le plus célèbre des écrivains ivoiriens est Ahmadou Kourouma. Avec Les Soleils des indépendances (1968), il raconte la déchéance de Fama, prince malinké ruiné par les indépendances et le parti unique, dans un français plein des images et des tournures du malinké. Ce livre a changé la manière d'écrire le roman africain.

Plus tard, Allah n'est pas obligé, prix Renaudot 2000, donne la parole à Birahima, un jeune Ivoirien devenu enfant-soldat au Liberia et en Sierra Leone. Sa suite, Quand on refuse on dit non, se passe pendant la guerre civile ivoirienne. Pour tout savoir de cet auteur, lisez notre article Qui était Ahmadou Kourouma ?.

Légendes et mémoire

La légende de la reine Pokou est l'un des grands récits fondateurs du pays. Fuyant avec son peuple, la reine aurait sacrifié son enfant pour franchir un fleuve : ainsi serait né le peuple baoulé. Véronique Tadjo reprend ce mythe dans Reine Pokou (2005), Grand prix littéraire d'Afrique noire. Elle en propose plusieurs versions, qui font écho à la Côte d'Ivoire déchirée du début des années 2000. Un livre bref et poétique.

Véronique Tadjo a aussi écrit de nombreux albums pour la jeunesse, et elle fait partie des écrivaines présentées dans Qui sont les grandes autrices africaines d'aujourd'hui ?.

Gauz, l'humour d'aujourd'hui

Gauz est l'une des voix les plus réjouissantes de la littérature ivoirienne actuelle. Dans Debout-payé (2014), Ossiri, étudiant arrivé sans papiers à Paris, devient vigile de magasin. Entre deux récits sur les générations d'Ivoiriens venus en France, il note ses observations sur les clients : c'est hilarant et très juste. Le livre figure dans notre sélection Quels livres africains lire en vacances ?.

Camarade papa (2018) croise deux récits : celui d'un jeune Français débarqué à la fin du XIXe siècle sur la côte de la future colonie, et celui d'un petit garçon d'Amsterdam, élevé par des parents communistes, envoyé chez sa grand-mère en Côte d'Ivoire. Gauz y revisite la colonisation avec une inventivité étonnante. Le roman a reçu le Grand prix littéraire d'Afrique noire.

Abidjan en bande dessinée

Enfin, la Côte d'Ivoire est une terre de bande dessinée. La série Aya de Yopougon, écrite par Marguerite Abouet et dessinée par Clément Oubrerie, raconte la vie d'un quartier populaire d'Abidjan à la fin des années 1970, au temps du « miracle ivoirien ». Aya, dix-neuf ans, rêve de devenir médecin, tandis que ses amies ne pensent qu'aux sorties du soir. Ragots, histoires de cœur et pères volages : c'est drôle, chaleureux, et cela donne une image de l'Afrique loin des clichés. Le premier tome a reçu le prix du premier album au festival d'Angoulême en 2006.

Les plus jeunes liront les aventures d'Akissi, de la même scénariste, inspirées de sa propre enfance à Abidjan.

Par où commencer ?

Pour un premier contact, choisissez Aya de Yopougon ou Debout-payé, tous deux pleins d'humour. Pour un classique, lisez Allah n'est pas obligé, puis Les Soleils des indépendances. Et pour partager une lecture avec des enfants, Le Pagne noir est idéal.

Retrouvez tous les écrivains du pays sur notre page Côte d'Ivoire, et la place de Kourouma dans l'histoire littéraire dans Par quel livre commencer pour découvrir la littérature africaine ?.

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