Quels livres lire sur les enfants soldats et les guerres civiles en Afrique ?

En bref : Le livre de référence est Allah n'est pas obligé d'Ahmadou Kourouma, prix Renaudot 2000, raconté par un enfant soldat. Johnny chien méchant d'Emmanuel Dongala, Les Aubes écarlates de Léonora Miano et Terre somnambule de Mia Couto complètent ce regard, avec des écritures très différentes.
Les guerres civiles ont marqué l'histoire récente de plusieurs pays africains, du Liberia à la Sierra Leone, du Congo-Brazzaville au Mozambique. Des enfants y ont été enrôlés de force. Les écrivains africains se sont emparés de ce sujet difficile, non pour choquer, mais pour comprendre et pour donner une voix à ceux qu'on n'écoute pas. Voici les livres essentiels, avec quelques repères pour choisir.
Le livre de référence : Allah n'est pas obligé
Si vous ne deviez en lire qu'un, ce serait Allah n'est pas obligé d'Ahmadou Kourouma, paru en 2000. Le roman a reçu le prix Renaudot et le Goncourt des lycéens la même année.
Birahima, une dizaine d'années, a quitté l'école tôt. Orphelin, il part chercher sa tante au Liberia et devient enfant soldat, traversant les guerres civiles du Liberia et de la Sierra Leone. Il raconte avec une langue bien à lui, qu'il vérifie dans plusieurs dictionnaires, un mélange d'insolence et de naïveté. C'est justement ce décalage qui rend le récit si saisissant : l'horreur n'est jamais décrite pour elle-même, elle apparaît à travers le regard d'un enfant qui ne mesure pas tout.
Kourouma a laissé une suite, inachevée, publiée après sa mort : Quand on refuse on dit non (2004). On y retrouve Birahima en Côte d'Ivoire, au moment où la guerre civile éclate en 2002. En chemin vers le nord, la jeune Fanta lui raconte l'histoire de son pays pour qu'il comprenne ce conflit. Plus apaisé, c'est presque un livre d'histoire raconté à hauteur d'adolescent.
Deux voix face à la guerre : Johnny chien méchant
Dans Johnny chien méchant (2002), Emmanuel Dongala fait alterner deux adolescents de seize ans, dans une capitale africaine en pleine guerre civile. Johnny s'est engagé dans une milice et se croit un intellectuel. Laokolé, elle, tente de fuir la ville avec sa mère infirme et son petit frère.
Ce double point de vue est la grande force du livre : il montre à la fois comment un adolescent bascule dans la violence et comment une jeune fille résiste pour protéger les siens. Le roman est dur et s'adresse aux adultes. Il a été adapté au cinéma sous le titre Johnny Mad Dog (2008).
Relier la guerre à l'histoire longue
Léonora Miano situe Les Aubes écarlates (2009) dans un pays imaginaire d'Afrique centrale. Epa, garçon d'un village, a été enlevé par des miliciens et enrôlé par un chef rebelle. Au cœur de la guerre, il est assailli de visions : les âmes de victimes de la traite négrière, jamais inhumées. Le roman relie ainsi les violences d'aujourd'hui aux blessures anciennes. C'est un livre exigeant, mais d'une grande profondeur.
Un regard poétique : Terre somnambule
Avec Terre somnambule (1992), le Mozambicain Mia Couto écrit sur la guerre civile de son pays avec une langue presque magique. Un vieil homme et un jeune garçon qui a perdu la mémoire marchent sur une route désertée. Dans un car incendié, ils trouvent des cahiers que l'enfant lit à voix haute. Le récit de guerre se mêle aux légendes, aux rêves et aux contes, et l'on sort de ce livre étrangement apaisé. C'est sans doute la porte d'entrée la plus douce sur un sujet aussi lourd.
La guerre du Biafra : un grand roman
L'Autre Moitié du soleil de Chimamanda Ngozi Adichie raconte la guerre du Biafra, au Nigeria, entre 1967 et 1970. On la vit à travers Ugwu, un jeune domestique de treize ans au début du livre, et deux sœurs jumelles. C'est un roman ample, où l'amour et la vie de famille tiennent autant de place que la guerre : un bon choix pour ceux qui redoutent les récits trop sombres.
Un témoignage dessiné
En bande dessinée, Tempête sur Bangui de Didier Kassaï raconte la crise centrafricaine vécue de l'intérieur, à partir de fin 2012. Ce n'est pas une fiction : le dessinateur témoigne de ce que sa famille et ses voisins ont traversé, jour après jour. Pour d'autres albums de ce genre, voyez Quelles BD africaines lire quand on est adulte ?.
Et pour les enfants ?
Comment parler de la guerre à un enfant sans l'effrayer ? L'album Ayanda, la petite fille qui ne voulait pas grandir de Véronique Tadjo aborde le sujet avec délicatesse. Le père d'Ayanda, parti comme soldat, ne revient pas, et la petite fille décide de ne plus grandir. Un album sur le deuil et la force des enfants, à lire accompagné, vers 7 ou 8 ans.
Quelques repères pour choisir
- Pour un adolescent à partir de 15 ans : Allah n'est pas obligé, souvent étudié au lycée, à lire si possible accompagné.
- Pour un adulte qui découvre le sujet : Terre somnambule ou L'Autre Moitié du soleil.
- Pour un lecteur averti : Johnny chien méchant et Les Aubes écarlates, plus durs.
Ces livres évoquent des violences réelles : prenez le temps d'en parler après la lecture, surtout avec des jeunes lecteurs. Pour des récits de femmes qui résistent, lisez aussi Quels romans africains parlent de la condition des femmes ?.
Livres cités
Ahmadou KouroumaAllah n'est pas obligéKeurbookAllah n'est pas obligéAmazonAhmadou Kourouma
Ahmadou KouroumaQuand on refuse on dit nonKeurbookQuand on refuse on dit nonAmazonAhmadou Kourouma
Emmanuel DongalaJohnny chien méchantKeurbookJohnny chien méchantAmazonEmmanuel Dongala
Léonora MianoLes Aubes écarlatesKeurbookLes Aubes écarlatesAmazonLéonora Miano
Mia CoutoTerre somnambuleKeurbookTerre somnambuleAmazonMia Couto
Chimamanda Ngozi AdichieL'Autre Moitié du soleilKeurbookL'Autre Moitié du soleilAmazonChimamanda Ngozi Adichie
Didier Kassaï et Didier KassaïTempête sur BanguiKeurbookTempête sur BanguiAmazonDidier Kassaï et Didier Kassaï
Véronique TadjoAyanda, la petite fille qui ne voulait pas grandirKeurbookAyanda, la petite fille qui ne voulait pas grandirAmazonVéronique Tadjo


