Qu'est-ce que la littérature afropéenne ?

En bref : La littérature afropéenne raconte la vie des Européens d'ascendance africaine, qui ne se sentent ni seulement africains, ni seulement européens. Léonora Miano en est la grande voix en français, avec Blues pour Élise et son essai Afropea ; Wilfried N'Sondé, Max Lobe ou Alain Mabanckou en offrent d'autres facettes.
On parle beaucoup de littérature africaine, un peu de littérature de l'exil. Mais comment appeler les livres qui racontent la vie de ceux qui sont nés ou ont grandi en Europe, avec des racines en Afrique ? Depuis une vingtaine d'années, un mot s'impose pour les désigner : afropéen.
D'où vient le mot « afropéen » ?
Le mot réunit « africain » et « européen ». Il a circulé d'abord dans la musique, au début des années 1990, notamment avec le groupe belge Zap Mama, avant d'être repris par des écrivains et des penseurs. Il désigne des personnes d'ascendance africaine qui vivent en Europe et qui s'y sentent chez elles, sans renoncer à leur part africaine.
L'idée est simple, mais elle change le regard. L'Afropéen n'est pas un immigré de passage ni un étranger qui rêve de rentrer : c'est un Européen, souvent né sur place, dont l'histoire passe aussi par l'Afrique. La littérature afropéenne raconte donc moins le voyage que l'installation, moins le déracinement que la double appartenance.
Léonora Miano, la grande voix afropéenne
En français, une autrice a donné à ce mot toute sa force : Léonora Miano. Née à Douala en 1973, installée en France pour ses études, elle a d'abord écrit des romans situés dans un pays imaginaire d'Afrique centrale. Elle s'est ensuite tournée vers les Afropéens, qu'elle décrit avec justesse et sans clichés.
Pour la découvrir sous cet angle, commencez par Blues pour Élise (2010). Quatre jeunes femmes noires de Paris y cherchent l'amour, entre dîners entre amies, rendez-vous ratés et projets de mariage. Le livre montre une France noire urbaine et bohème que la littérature avait rarement mise en scène. C'est léger en apparence, mais très juste sur le regard des autres et la manière de s'aimer soi-même.
Afropean Soul et autres nouvelles (2008) est une autre bonne porte d'entrée, courte et accessible dès le lycée. Un jeune footballeur camerounais isolé à son arrivée en France, un garçon qui devine la solitude de sa mère, des jeunes filles pleines de rêves : tous vivent entre deux cultures. Plus exigeant, Tels des astres éteints suit trois jeunes gens d'une grande ville européenne qui cherchent chacun une réponse à la même question : que dit ma couleur de peau de qui je suis ?
Afropea, l'essai pour comprendre
Si vous voulez saisir l'idée elle-même, lisez Afropea (2020). Léonora Miano y refuse les étiquettes d'identité « noire » et défend une société où l'on peut être à la fois africain et européen. Elle n'invite pas à rêver d'un retour en Afrique, mais à agir là où l'on vit. C'est un essai dense, mais personnel, qui éclaire tous ses romans.
On peut le rapprocher d'un autre mouvement, plus ancien : la négritude de Senghor et Césaire, qui revendiquait une identité noire commune. Miano en prend justement le contre-pied. Pour comparer, lisez Qu'est-ce que la négritude ?.
D'autres voix afropéennes
D'autres écrivains racontent cette Europe métissée, chacun à sa manière.
- Wilfried N'Sondé, arrivé de Brazzaville en France à cinq ans, a grandi en banlieue parisienne. Son premier roman, Le Cœur des enfants léopards (2007), suit un jeune homme en garde à vue après une rupture amoureuse. Dans sa tête se mêlent la cité et la voix des ancêtres. Le livre a reçu le prix des Cinq Continents de la Francophonie.
- Max Lobe, né à Douala et installé à Genève, rappelle que l'Europe afropéenne n'est pas seulement française. 39, rue de Berne (2013) raconte avec humour et tendresse l'enfance de Dipita dans le quartier des Pâquis, entouré des collègues de sa mère.
- Alain Mabanckou, avec Black Bazar (2009), dresse un portrait comique de la diaspora congolaise de Paris, entre le marché de Château-Rouge et les beaux costumes des « sapeurs ». Une comédie qui se moque aussi des préjugés entre Africains eux-mêmes.
Afropéen, exilé, diaspora : quelle différence ?
Les mots se recouvrent, mais ne disent pas la même chose. Les romans de l'exil racontent un départ et une arrivée, souvent difficile. Les romans afropéens parlent de ceux pour qui l'Europe n'est pas un pays d'accueil, mais leur pays tout court. On y lit des histoires d'amour, d'amitié, de travail et de famille, où la question des origines est toujours là, sans être le seul sujet.
C'est sans doute ce qui rend cette littérature si précieuse : elle montre des vies ordinaires que l'on voyait peu dans les livres. Pour d'autres plumes féminines venues d'Afrique, voyez aussi Qui sont les grandes autrices africaines d'aujourd'hui ?.
Par où commencer ?
Pour un premier contact, choisissez Blues pour Élise si vous aimez les romans de vie et les histoires de cœur, ou Black Bazar si vous voulez rire. Pour un adolescent, Afropean Soul est idéal. Et si l'idée vous intéresse, terminez par Afropea, qui donne les clés de tout le reste.
Livres cités
Léonora MianoAfropeaKeurbookAfropeaAmazonLéonora Miano
Léonora MianoBlues pour ÉliseKeurbookBlues pour ÉliseAmazonLéonora Miano
Léonora MianoAfropean Soul et autres nouvellesKeurbookAfropean Soul et autres nouvellesAmazonLéonora Miano
Léonora MianoTels des astres éteintsKeurbookTels des astres éteintsAmazonLéonora Miano
Wilfried N'SondéLe Cœur des enfants léopardsKeurbookLe Cœur des enfants léopardsAmazonWilfried N'Sondé
Max Lobe39, rue de BerneKeurbook39, rue de BerneAmazonMax Lobe
Alain MabanckouBlack BazarKeurbookBlack BazarAmazonAlain Mabanckou


